08/04/2022

Arianespace décroche un contrat historique avec Amazon

L’américain Amazon a sélectionné le lanceur Ariane 6 pour assurer 18 lancements sur trois ans, visant à étoffer sa constellation de satellites Kuiper. Un contrat d’un montant historique qui intervient alors que le spatial européen tente de maintenir sa compétitivité.

Bonne nouvelle pour l’industrie spatiale européenne : Amazon toque à la porte d’Arianespace. Le contrat passé avec le géant américain, dévoilé mardi 5 avril, prévoit un total de 18 lancements via le lanceur Ariane 6 dans le but de garnir sa constellation Kuiper constituée de 3236 satellites en orbite basse. « C’est le plus important contrat que nous ayons jamais signé », s’enthousiasme Stéphane Israël, le PDG d’Arianespace, dans un communiqué. Son montant n’a toutefois pas été précisé.

Ce contrat pourrait dépasser le milliard d’euros. Car pour rappel, en juin 2015, OneWeb avait sélectionné la filiale d’ArianeGroup pour mettre en orbite ses 650 mini satellites, en commandant plus de 21 fusées Soyouz : il s’agissait alors, selon Arianespace, du contrat le plus important jamais signé dans l’industrie des lanceurs, estimé à l’époque à plus d’un milliard de dollars.

Un contrat qui tombe à pic

Dans le détail, les lancements pour le géant de la vente en ligne diversifié dans les services informatiques seront assurés depuis le centre spatial guyanais (CSG). Sur les 18 lancements prévus sur une période de trois ans à partir de 2024, 16 seront assurés par la version la plus puissante d’Ariane 6, Ariane 64.

Pour Arianespace, cette sélection par le groupe de Jeff Bezos tombe à pic. Elle permet d’abord de démontrer qu’Ariane 6 est bien placé dans la compétition mondiale, à l’heure où l’industrie spatiale européenne cherche à maintenir sa compétitivité face à la déferlante du new space et de ses prix cassés. D’autant que le lanceur Soyouz fait désormais défaut en raison de l’arrêt de la coopération spatiale avec la Russie. Ce qui a d’ailleurs conduit mi-mars OneWeb à se tourner vers SpaceX.

Reste qu’il va désormais falloir tenir le rythme côté européen. Successeur d’Ariane 5 destiné à contrer l’américain SpaceX, Ariane 6 a cumulé de nombreux retards – en raison notamment de la pandémie mondiale – et n’est pas encore entré en service. ArianeGroup, qui doit encore prouver la pertinence de cette fusée face à ses concurrents, pourrait assurer son premier vol d’ici la fin de l’année 2022.

Arianespace n’est pas le seul bénéficiaire

Le contrat avec Amazon offre aussi plus largement à Arianespace de la visibilité et renforce le modèle économique de son futur lanceur. Alors que les Etats européens se sont engagés à commander quatre lancements institutionnels par an pour leurs propres besoins, ceux destinés à Amazon vont permettre de passer le seuil minimal de dix lancements par an. Voire atteindre entre onze et douze lancements par an en cas de contrats supplémentaires, soit le rythme visé par Arianespace. Tout l’enjeu est d’assurer la bonne transition entre Ariane 5 et Ariane 6.

Si l’Europe spatiale peut être satisfaite, Amazon n’a pas seulement sollicité Ariane 6. Le géant américain, qui compte avec sa constellation proposer de l’internet haut débit à prix réduit et à faible latence, a annoncé le même jour pas moins de 83 lancements sur une période de cinq ans, comprenant ceux prévus avec Arianespace. Autres acteurs conviés à la fête : United Launch Alliance (filiale de Boeing et de Lockheed Martin) pour 38 lancements avec le lanceur Vulcan Centaur et Blue Origin (appartenant aussi à Jeff Bezos) pour 12 autres via sa fusée New Glenn avec une options pour 15 autres lancements.

Une accélération du côté d’Amazon qui s’explique par la nécessité de rester dans la course face à SpaceX qui assure avec le lanceur Falcon 9 la mise en œuvre de la constellation Starlink pour laquelle plus de 2000 satellites sont déjà mis en orbite. Quant à l’autre constellation concurrente OneWeb, plus de 420 satellites sur 650 ont déjà été déployés dans l’espace. Amazon tente de reconquérir du terrain, pour le plus grand bénéfice de l’industrie spatiale européenne.

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